Photographie : 1949-year of the ox (Daniel Lee)

Publié le par b_marco

Ce portrait classique dans la manière de cadrer, la pose du modèle, et le traitement de la lumière, prouve la maitrise technique de son auteur, Daniel Lee, tant au niveau photographique qu'au niveau du maniement de logiciels de retouches et de manipulations d'images. Mais ce qu'il y a de plus étonnant, c'est la date de réalisation de cette photographie. En effet, si aujourd'hui il est habituel de trouver des photomontages techniquement parfaits, il en était tout autre chose en en 1993. La faible puissance des ordinateurs personnels, l'état embryonnaire du logiciel Photoshop, et la difficulté de numériser les clichés figés sur de la pellicule, auraient pu empêcher la réalisation de cette photo.
Aujourd'hui, les nombreuses expositions du travail de Daniel Lee, ainsi que la place prépondérante qui lui est faite dans les manuels traitant de la photographie contemporaine, nous démontrent à quel point il fait figure de pionnier dans le domaine de l'imagerie numérique.


                                                 "1949-year of the ox" par Daniel Lee










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dominique Baulande 13/04/2008 16:25

Quel surprenant portrait et quelle maîtrise ! Si nous ne connaissions point la date de la création de cette oeuvre, et sans être informé d'un rapport probable avec l'un des "totems" du calendrier Chinois, nous pourrions croire que l'auteur a tout simplement "tiré le portrait" de la mutation génétique d'un homme en ovin.
Mais quel dommage de sacrifier un si grand talent sur l'autel de la laideur !
Et encore que... La laideur, c'est quoi ?
Vaste question d'ordre philosophique à laquelle je me permets de joindre ici une réponse trouvée parmi tant d'autres.
Vous voudrez bien m'excuser si celle-ci se termine encore par... des questions.

Dominique


MÉTAMORPHOSES DE LA LAIDEUR

A l’'origine de notre civilisation, l’'idéalisme platonicien a toujours associé le Beau et le Bien. La perspective chrétienne a repris cette association en lui opposant celle du Mal et du Laid. Beau et Laid constituent ainsi les formes sensibles du Bien et du Mal. Mais la méfiance à l’'égard des apparences a aussi rempli son office : on oublie la laideur de Socrate, celle d’'Esope, pour ne plus percevoir que la beauté de leur esprit, comme derrière celle de Quasimodo, on découvre la beauté du cur ; et le Diable se donne les atouts d’un séducteur. De toutes les manières, dans l’optique idéaliste, la laideur recouvre un mystère, elle fascine. Les tableaux de Hans Baldung Grien nous rappellent que si le péché rend laid, le simple vieillissement révèle sur le corps vivant, surtout sur celui dont on a célébré la beauté, celui de la femme , la mort en train d’œ'oeuvrer. Cependant, si, emblème de l'’animalité ou de la condition mortelle, la laideur inspire la peur, le dégoût, le rejet, elle a aussi suscité diverses formes d’'apprivoisement par le rire, indulgent, ouvert.
Sans référence au divin, c’est également l’'homme qui fait beauté et laideur. Au XVIIe siècle, la nature domestiquée par Le Nôtre constituait la beauté tandis que, sauvage et effrayante, elle était considérée comme laide. L’œ'oeuvre littéraire elle-même nécessitait du travail pour être belle, la rudesse, l'’inachèvement, la ruinant. Mais parfois qui veut faire la beauté fait la laideur
L’'homme moderne s'’entend à s’abîmer lui-même, avec ce qui l’'entoure. Pourtant artistes et écrivains réussissent une sorte de transmutation de la laideur en la faisant passer dans le domaine de l'’art. Au fond, la laideur ne se situerait-elle pas surtout dans l’œ'oeil de celui qui regarde ? L'’habitude la dissout. Existe-t-elle vraiment ? La revendiquer, c’est refuser les conformismes. De plus en plus, les arts qui font appel aux regards paraissent fascinés par la laideur, comme Antiquité et siècles classiques étaient aimantés par le Beau ; on évite le sujet trop beau, la forme fuit elle-même la beauté. Mais ce laid que l’on conteste, qui s’'échappe, qui se transforme, ne réapparaît-il pas sans cesse ? Le laid est partout, le laid n’'est plus nulle part. Peut-on dresser un bilan des métamorphoses qu'’a subies la laideur ? Peut-on repérer des moments de grandes mutations ?